Souvenir, que me veux-tu ?

Publié le par Michel Boissard

Souvenir, que me veux-tu ?

 

De quel Jean Cau est-il ici question ? De l’audois cathare, natif de Bram, prenant son envol intellectuel alentour les années 1950, du côté de la « Rhumerie martiniquaise » ? Du Goncourt 1961 pour une admirable « Pitié de Dieu » ? De l’aficionado sachant communiquer sa passion de « La Folie Corrida » ? Ou bien du polémiste atteint par anticipation d’un sarkozysme de la pensée ? Stigmatisant les intellectuels, le whisky et le marxisme. Et déplorant la décadence de l’Occident. Par delà ces facettes au faux miroitement médiatique, voici l’unité d’un écrivain à l’intrépide sincérité. A la plume lestée de superbes « Croquis de mémoire » (1985) heureusement réédités. Mitterrand vu « en fils de Mauriac ». Pompidou « en masse de sensualité paysanne, mourant debout au seuil de la ferme ». De Gaulle « qui flotte sur la France, à coups de miracles, comme l’Autre marche sur les eaux ». Pertinents, vachards et fervents suit une collection de portraits littéraires. Cocteau « magicien qui marche accompagné d’une étoile ». Malraux souffrant « du snobisme de la tragédie et de la grandeur ». Camus qui « n’a pas volé son Prix Nobel » (Sartre). Giono qui fait comprendre « qu’il n’est pas de bonheur d’âme sans joie païenne du corps. Enfin, entre un salut à la « bravoure » de Montherlant et un regard croisé sur les frères ennemis Aragon et Breton, lisez dix pages tendres et fraternelles de son secrétaire sur Sartre-le-Patron. Du grand art.

 

 

Michel Boissard

 

Croquis de mémoire, J. Cau, La petite vermillon,  2007, 8,50 euros

 

Publicité

Publié dans articles La Gazette

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article