UNE GRANDE ET SIMPLE HISTOIRE

Publié le par Michel Boissard

Une grande et simple histoire, dit André Malraux. Celle du Maquis des Glières (Haute Savoie), au printemps de 1944. Par quoi, tous ceux qui nous aimaient encore, depuis la Grèce jusqu’aux îles du Pacifique, reconnurent que la France bâillonnée avait retrouvé l’une de ses voix : celle de la mort. Une biographie informée et engagée, que signe Patrick de Gmeline : celle de (Théodose) Tom Morel (1915 – 1944), chef de ce maquis. Le témoin qu’eût aimé Pascal. Qui prend le risque de se faire égorger à l’âge de vingt-neuf ans. Pour les valeurs qui font vibrer Péguy symbolisées par la Petite Fille Espérance. Morel est issu d’un milieu catholique lyonnais. Il appartient à la bourgeoisie des soyeux. Chef de patrouille scout. Le goût de l’action désintéressée. Le sens inné du commandement. Du coup, il fait corniche, classe préparatoire à Saint-Cyr. Il en sort chef de bataillon des chasseurs alpins d’Annecy, en 1937. La guerre éclate. Aguerri aux actions de montagne, ses premiers faits d’armes l’opposent aux italiens. La défaite venue, il se replie à Aix-en-Provence. Jusqu’ici le devoir s’appelle rectitude. Mais il suffit que la zone sud soit envahie (1942), pour que Théodose devienne Tom. L’officier se mue en clandestin. Dans ce massif savoyard que célébra Henry Bordeaux, le plateau des Glières l’attend. Il s’agit de trouver une zone propice aux parachutages alliés. « C’est le premier coin de France qui ait recouvré la liberté. » dit-t-il. Le groupe de réfractaires se transforme en armée. La radio de Londres le martèle : après la Grèce et la Yougoslavie, un troisième pays résiste en Europe : la Haute Savoie. Il ne faudra pas moins de la Milice et de la Gestapo pour venir à bout de Morel. Avec lui, cent trente jeunes hommes, ses frères dans l’Ordre de la Nuit, pris au piège blanc de la clarté (Aragon). Dans la mémoire collective, ils restent les compagnons de Jeanne d’Arc et d’Antigone. Ils ont dit Non.
Michel Boissard
Tom Morel, héros des Glières, P. de Gmeline, Presses de la Cité, 2008, 21 euros.
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Publié dans articles La Gazette

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