LA VOCATION DU BONHEUR

Publié le par Michel Boissard

                           

 Stendhal s’essayait à la chasse au bonheur.  Jean Giono est l’un de ses épigones.  Le recueil de lettres inédites, publié par sa fille,  illustre cette propension profonde, violente, égoïste de Giono  à être heureux.  Réaction aux horreurs de la guerre - il fit Verdun, et « Le Grand Troupeau » est un des plus saisissants  romans sur 14/18 - cette revendication en forme de vocation transparaît dans telles lettres de… 1917 à ses parents : « …Le paquet de tabac fin ne déplaît pas à ma philosophie  (…) Le pâté de sanglier était excellent (…) J’ai reçu  La Feuille littéraire. Si vous saviez comme elle me fait plaisir. »   Ce n’est pas simplement donner le change. La duchesse Ezzia l’écrit à  son fils Angelo : il faut se promener comme un jasmin au milieu de tous (Le Hussard sur le toit).  A maintes reprises, dans les échanges épistolaires avec Elise, sa femme, Aline et Sylvie, ses filles, on perçoit la présence  physique obsédante  des sens. Ouïe avec la musique - Bach, Monteverdi, Mozart ; ou le vent. Odorat grâce aux parfums culinaires exaltés par les plats  dus au talent de la piémontaise Fine. Toucher avec les manuscrits de l’écrivain : lourdes  rames de papier jaune paille, porte-plume trempé dans l’encre noire comme de Chine…  Et l’on éprouve  la prégnance d’une  générosité humaine qui fait écho à ces lignes de « Que ma joie demeure » : « Moi je vous dis que c’est ce que vous donnez qui vous fait riche. »

                                                                                                                     Michel Boissard

J’ai ce que j’ai donné, J. Giono, Gallimard, 2008, 18 euros.

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Publié dans articles La Gazette

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B
Madame Sylvie Durbet-Giono, fille de Jean Giono, nous offre quelques lettres de son père. C'est gentil. Nous aurions aimé que soient publiées d'autres lettres, des lettres qui auraient permis d'en apprendre vraiment plus sur Giono : les 1300 lettres qui sont conservées à l'Université Yale, que Giono a adressées à Blanche Meyer, sa maîtresse, celle qui inspira sa seconde période, et que la succession refuse de rendre publique. Pour ceux qui ne seraient pas au courant de cette liaison de Giono avec Blanche Meyer, liaison que famille et biographes ont tenté de cacher depuis des années, consulter la page qui lui est consacrée à cette adresse : http://pages.infinit.net/poibru/giono/index.htm (cliquer sur le lien : Jean Giono et Blanche meyer).
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