L’HOMME QUI FUT LA FRANCE
A l’homme qui fut la France (Romain Gary) - Charles De Gaulle - est dédiée cette anthologie de portraits. Ouverte par l’audois de Bréviannes, Gaston Bonheur, comme biographe, conclue par Maurice Agulhon, le gardois d’Uzès, en tant qu’ historien. Encadrant le polémiste Jean-François Revel, le journaliste Jean Daniel, l’avocat Georges Izard, l’essayiste Michel Cazenave, l’historique correspondant de l’AFP Jean Mauriac et, last but not least, l’écrivain Régis Debray. Toutes les couleurs de l’arc-en-ciel politique national. Tous les talents d’écriture mis au service – volens nolens - de la légende gaullienne. Hagiographique, naïf et roublard chez l’ancien maquisard Gaston Bonheur. A la manière de ce qu’est son classique « Qui a cassé le vase de Soissons ? » Critique acéré d’ un Revel, pas encore académicien, antigaulliste comme on peut l’être en 1958, du style littéraire du Général – entre Chateaubriand et Albert Samain. Décapant avec le chroniqueur d’époque à « L’Express » - Jean Daniel - travaillant au scalpel l’évolution stratégique machiavélienne d’un De Gaulle en proie à l’Algérie. Fort habilement attristé pour Georges Izard, fidèle de la revue « Esprit » et de la troisième voie entre capitalisme et socialisme, qui stigmatise l’inaccessible altitude où se tient le Général. Erudit à l’instar de Michel Cazenave, explorant les racines terriennes et les sources spirituelles de la culture gaullienne. Proche de Michelet et de Péguy – la France est une maison et une personne. Saint-simonien sous la plume d’un des fils Mauriac, narrant les derniers jours du Grand Charles. Revisité par Régis Debray - l’inattendu - qui voit dans l’homme d’Etat celui qui sait « injecter l’extraordinaire dans les choses ordinaires ». Remis en perspective avec Maurice Agulhon soulignant dans le destin de l’Homme du 18 Juin ce qu’Apollinaire nomme la querelle de la tradition et de l’invention - de l’ordre et de l’aventure.
Michel Boissard
De Gaulle, Portraits, Omnibus, 2008, 27 euros.