TOUT JUSTE UN INDIVIDU

Publié le par Michel Boissard


 

Le mot de Céline –  c’est un garçon sans importance collective, tout juste un individu  - sied à  Jean Dézert, le personnage créé par le poète bordelais Jean de la Ville de Mirmont, né en 1886 et tombé dans les premiers jours de la Grande Guerre.  A découvrir (ou relire) le  roman réédité de ses aventures, on mesure qu’au XXè siècle  toute une génération d’écrivains pose en termes subversifs  la question de l’existence. La postérité conserve les noms de Musil, de Joyce, de Kafka, de Huysmans, voire de Duhamel et Sartre – Ulrich - l’homme sans qualités, Léopold Bloom d’ « Ulysse »,  Joseph K dans « Le Procés »,  Folantin (A vau-l’eau), Salavin (Confession de minuit), Roquentin ( La Nausée). Mais ignore superbement Jean Dézert, pourtant littérairement exemplaire.   A 27 ans, il  n’a pas de passé. Non plus que de futur. Il vit dans l’immédiate contingence. Employé au Ministère de l’Encouragement au Bien (direction matériel ) sa vie s’avère inutile. Durant la journée, il gratte du papier. Le soir, il fume, ou remplit son agenda du récit minutieux des menus faits quotidiens. Pour tromper sa solitude, il prend un bain chaud avec massage par des aveugles ou fréquente un restaurant végétarien…  Veut-il se marier que sa promise découvre  in extremis « sa figure si longue », et c’est un fiasco !  Bref,  symbole de notre humaine condition, Jean Dézert apparaît comme un Etre irrésistiblement aimanté par le Néant…

 

                                                                                                            Michel Boissard

Les Dimanches  de Jean Dézert, J. de la Ville de Mirmont, Cent pages, 2007, 12 euros

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Publié dans articles La Gazette

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