EUROPE 1919 – 1945 : UNE EPIDEMIE DE DICTATURES

Publié le par Michel Boissard

                                    

                                               

Animateur de le revue « Austriaca », publiée par l’Université de Rouen, l’historien Paul Pasteur nous procure une synthèse sur les régimes autoritaires européens de l’entre-deux guerres mondiales, véritable essai de différenciation entre fascisme (mussolinien et hitlérien) et réaction conservatrice affectant l’Europe centrale, les pays baltes, et,  au sud, Grèce, Portugal et Espagne.  Dans tous les cas, le traumatisme de  14/18 est à l’origine d’une véritable « épidémie de dictatures », aussi contagieuse que le la liberté, stigmatisée par Paul Valéry, qui y voit une manifestation de la « crise de l’esprit ».  A Fiume, en 1919, le poète d’Annunzio et ses « arditi » instaurent un régime fort. En 1920, après l’échec de la Commune de Budapest, l’amiral Horthy prend le pouvoir en Hongrie ; le Maréchal Pildsuski en Pologne, en 1926. En Espagne, Primo de Rivera (1923),  en Grèce, le général Metaxas (1936), dirigent des gouvernements  qui,   au motif  du rejet du bolchevisme, développent un nationalisme exacerbé. Intervention militaire, guerre civile, coup d’Etat ou dictature monarchique : de l’Albanie et l’Autriche à  la Lettonie, la Lituanie, la Roumanie, la Slovaquie, la Yougoslavie, en passant par  la Bulgarie, la Croatie et l’Estonie,  il est significatif que l’identité chrétienne – catholique ou orthodoxe – fasse pendant à l’identité nationale.  Et  paradoxal que, des régimes qui, durant la deuxième guerre mondiale, s’allieront pour la plupart avec Hitler,  cultivent ostensiblement le magistère social de l’Eglise (réactivé par Pie XI avec « Quadragesimo anno »  en 1931) qui s’ avérera finalement en rupture avec le fascisme (le même Pie XI publie en 1937 une encyclique contre le racisme hitlérien : «  Mit brennender Sorge »). Paul Pasteur éclaire ce militantisme « chrétien », oublieux de l’Evangile,   qui rejette l’Autre et s’incarne souvent dans l’antisémitisme. Anticommunistes, ces régimes le sont agressivement –  Salazar à Lisbonne et Franco à Madrid, du corporatisme inspiré de Maurras pour le premier au Phalangisme du second, le manifesteront  au-delà de  1945 ! Rêvant pour la quasi-totalité d’un retour vers une mythique Europe du Moyen- Âge, ces systèmes allient un regard régressif (place subordonnée des femmes, moralisme étroit, culte de la virilité) à des structures socio-économiques archaïques (économie agraire dominante, analphabétisme) qui expliquent que des chefs de file de rencontre – par exemple, Ante Pavelic, en Croatie, Mgr Tiszo, en Slovaquie, Antonescu et Codreanu, en Roumanie – aient pu s’imposer à leurs peuples.  Le cas de la France, avec le culte d’hyperdulie qui s’attache au « vainqueur de Verdun », Pétain, est au vrai spécifiquement lié à la défaite et à la Collaboration.  Cette remarquable étude souligne enfin combien l’absence de démocratie dans ces pays,  entre 1919 et 1945,  a pesé sur les régimes dits de « démocratie populaire » qui ont suivi, et représente, aujourd’hui, un défi et un enjeu majeurs.

                                                                                                                         Michel Boissard

                                                                                                                               Historien

 

                                             

Les Etats autoritaires en Europe 1919 – 1945, Paul Pasteur, Cursus, Armand Colin, 2007, 215 pages                                              

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