Un "Procès de Moscou" à Bagneux

Publié le par Michel Boissard

                                    

                                

 

Claude Chaminas est secrétaire général de la Ville de Nîmes en 1983.  L’industriel Jean Bousquet succède  alors à l’ouvrier mineur Emile Jourdan. Une coalition de droite remplace une équipe de gauche ayant à sa tête un maire communiste.  Le haut fonctionnaire est la première victime du « système des dépouilles » instauré par le nouveau premier magistrat qui  – c’est l’air du temps –  entend gérer la mairie comme une entreprise.  Les cadres administratifs « mal-pensants » sont  éliminés en même temps que les élus battus.  Rétrogradé, révoqué, Claude Chaminas  s’installe en région parisienne. Il  est recruté à la Mairie de Bagneux (Hauts-de-Seine), dirigée par le communiste Henri Ravera qui administre la cité depuis des lustres.  Peu après, celui-ci cède sa place à une élue plus jeune - Janine Jambu - de la même famille politique que lui. Il ne faut pas longtemps pour que le tout récent secrétaire général  fasse l’objet d’un véritable « Procès de Moscou », qu’il connaisse   une descente aux enfers. Congédié sans motif ! « On te laisse ton traitement et ton appartement de fonction. » C’est le monde de Kafka. L’univers de la Cacanie, chère à Robert Musil : une société repliée, avec ses codes et  ses figures imposées,  à l’abri d’un pouvoir autiste. L’élection du nouveau maire révèle la réalité, l’intensité, la profondeur d’un système de gestion bureaucratisé à l’extrême. La fidélité compte plus que le sens de l’initiative. L’esprit critique moins que le conformisme. La crainte courbe les échines et modèle les comportements. Toute demande d’explications est suspecte.  Même la sacro-sainte « autocritique » de la part de l’accusé, les témoignages de moralité des camarades en sa faveur, sont impuissants à enrayer une  machine  devenue folle. A l’issue du livre, C. Chaminas cite  « L’Aveu » d’Arthur London,  terrible témoignage sur le Procès de Prague «  (1952).  Toutes choses égales d’ailleurs,  il confirme que la démocratie demeure un  enjeu,   un défi et un combat pour la gauche !

                                                                                                                     Michel Boissard

Une si gentille petite ville, Bagneux 1985-86, C. Chaminas, L’Harmattan, 2008, 30,50 euros

 

                                               

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Publié dans articles La Gazette

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