ENCORE UNE FOIS SIMONE DE BEAUVOIR…
Précieux pour la réflexion, la finesse d’écriture et l’empathie humaine, le recueil que nous offre Geneviève Fraisse est, au centenaire de sa naissance, un remarquable « tombeau » dédié à Simone de Beauvoir. Celle qui se voyait dans une société profondément machiste en « correspondante de guerre », de l’un et l’autre côté de la barricade, est inscrite dans l’histoire politique, philosophique, sociétale du dernier siècle. Jouissant du « privilège » d’être au cœur du pouvoir intellectuel – comme un homme – et de devenir une référence vivante du féminisme militant. Si l’on connaît peu Frieda Kahlo, c’est qu’elle est dans l’ombre du peintre Diego Rivera. Ou bien Gerda Taro cachée par le photographe Robert Capa. Beauvoir n’est pas occultée par Sartre. Mieux : « Qui a influencé qui ? Qui a inspiré qui ? Sartre, ou Beauvoir ? » Dés lors, le terme « privilège », dont l’écrivaine use souvent, est à la fois « une affirmation et une bravade ». Loin de l’ acception d’Ancien-Régime - lex et privum, la loi privée - c’est surtout une conquête qui ne vaut que si elle est partagée. Importe désormais le rapport de l’ individuel au collectif, bien plus que la « guerre des sexes ». Ce qui légitime le mot ultime du « Deuxième sexe » : Fraternité.
Michel Boissard
Le Privilège de Simone de Beauvoir, G. Fraisse, Actes Sud, 2008, 14 euros