AU PECHE MIGNON…
Si Saint-Thomas d’Aquin fait de la gourmandise, l’un des Sept Péchés Capitaux, c’est Péché mignon pour Michèle Gazier. Née à Béziers. Longtemps critique littéraire à « Télérama ». Romancière appréciée du « Merle Bleu », de « Mont Perdu » et de « Un soupçon d’indigo ». Couronnée par le Cabri d’Or 1993 et le Prix Joseph Delteil 2001. Qui égrène un « abécédaire gourmand » d’une belle alacrité de plume et d’une vraie sensualité de goût. De son enfance anorexique, l’écrivaine a paradoxalement retenu une marotte pour la couleur et la saveur du « Petit rose » - un petit four fait de pâte sablée, de crème de marron, glacé à la vanille. Qu’elle associe dans sa mémoire à la « grosse biterroise » - deux coussins de brioches fourrés de raisins secs et de petits dés de fruits confits… Et qu’elle oppose à l’endive : « Cette petite est pâle comme une endive et maigre comme un clou. » Tout en se pourléchant devant un gratin de chicons roulés dans du jambon, « baignant dans une béchamel corsée à la noix muscade et saupoudrés de comté râpé ». Puisqu’on en est aux expressions d’antan, arrêtons-nous avec elle sur « rouge comme un homard » pour signaler une maladive timidité. Et saluer l’assaisonnement de ce crustacé en bisque, en salade, garni de macédoine de légumes et d’un œuf dur. Ayons garde de ne pas oublier la morue, en brandade ou à l’ail, ce qui va comme un gant à cette catalane de famille. Ni les tapas, dégustés avec des amis madrilènes, au temps où arrosés de vin clarete il faisait bon trinquer : Abajo la dictatura ! Muerte a Franco !
Michel Boissard
Abécédaire gourmand, M.Gazier, Nil, 2008, 12 euros