JEANNE, COLETTE, MARGUERITE ET LES AUTRES…
L’historien Raymond Huard nous offre le portrait élégant et informé de la romancière Jeanne Galzy (1883-1977). Cadette de Colette (1873), des poétesses Renée Vivien (1877) et Anna de Noailles (1876), elle est l’aînée de Marguerite Yourcenar (1903)… Figure oubliée de cette phalange d’auteurs dont l’irruption, au début du siècle dernier, marque le paysage littéraire français d’une écriture féminine novatrice. Née et morte à Montpellier, issue d’une famille de commerçants huguenots, Jeanne Baraduc - son nom patronymique - est une femme de lettres dont la personnalité entrelace, à l’instar de ses contemporaines citées, la rupture sociale au sentiment amoureux. L’une s’adonne au music-hall, l’autre aux amours saphiques, la troisième à la séduction aristocratique, la dernière à la bohême cosmopolite. La future Jeanne Galzy poursuit des études au-delà du baccalauréat pour devenir ensuite élève de l’Ecole normale supérieure de Sèvres. Agrégée, la voici maintenant parmi les premières enseignantes dans une classe de garçons. Des années de formation émerge un authentique « bildung-roman » - roman d’apprentissage – « Jeunes filles en serre chaude » (1934). Où perce - signe de « l’émancipation féminine qui précède la guerre de 1914 » - la transgression sociale des amours entre femmes… La maladie – la tuberculose osseuse et un séjour en sanatorium – ouvre une nouvelle brèche dans l’existence et l’œuvre de J. Galzy. Avec « Les Allongés », Prix Fémina 1923, l’écrivaine prend une place notoire dans une lignée qui, du Duhamel de « Vie des Martyrs » au Thomas Mann de « La Montagne magique », fait de la souffrance du corps un révélateur sociologique et métaphysique. Enfin, si - comme le dit Bichat - la vie est l’ensemble des forces résistant à la mort, Jeanne Galzy aura réussi, dans le cadre solaire d’un Languedoc protestant, à en traduire l’intensité sulfureuse et la passion sensuelle avec une tétralogie romanesque - « testament d’une vieille dame indigne » (H. de Montferrand) - qui porte le beau titre général « La Surprise de Vivre » » (1969-1976).
Michel Boissard
Jeanne Galzy romancière ou la surprise de vivre, R. Huard, Inclinaison, 2009, 15 euros