Affaires urgentes : position oblique
Affaires urgentes : position oblique
Imaginez, au lendemain de la deuxième Guerre mondiale, un train diplomatique filant à travers la campagne serbe enneigée et un ambassadeur US piégé dans ce train impossible à aérer, qui devient une étuve. Tout en se rinçant la glotte de larges rasades de whisky, le citoyen américain entonne l'hymne du " Titanic " : " Plus près de toi mon Dieu. " Si vous voyagez avec Lawrence Durrell, cela donne une petite comédie de moeurs. L'auteur du "Quatuor d'Alexandrie ", en exil " devant les eaux sales du Danube ", démolit allègrement la façade de respectabilité des diplomates qu'il côtoie en qualité d'attaché de presse. On s'amuse. Pourtant le climat est shakespearien. C'est la Guerre Froide. Les Balkans sont une région aussi géographiquement morcelée que politiquement compliquée. Et Staline a excommunié le " traître" Tito. Si l'on rit, c'est que Durrell adopte, selon le mot du romancier anglais Forster, une position oblique. Il prend de la distance. Il n'est pas dupe. C'est un écrivain.
Michel Boissard
Affaires urgentes, scènes de la vie diplomatique, Lawrence Durrell, Nil Editions, 2004, 22 euros.*