La chanson de geste des Cévennes

Publié le par Michel Boissard

La chanson de geste des Cévennes

 

André Chamson dit qu’elle est notre Iliade, notre Odyssée, notre Légende dorée … L’historienne Liliane Crété, dont voici réédité le remarquable opus sur le sujet, observe que la guerre des Camisards (1702-1704) est l’une des « émotions » populaires de l’Ancien Régime qui a le plus fasciné et dérouté historiens et romanciers. De Balzac à Dumas, de Voltaire à Michelet, d’Eugène Sue à  Jean-Pierre Chabrol, elle nourrit le paradoxe de noircir des milliers de pages à propos du destin d’un petit peuple d’illettrés. Presque à l’égal de ces évènements fondateurs, la Révolution française de 1789 et la Commune de Paris de 1871. Longtemps d’ailleurs, ainsi que le note Michelet, il fut difficile de raconter cette guerre. Tant le point de vue simplificateur des bourreaux disqualifiait a priori le récit dominé des victimes. L’intérêt de l’ouvrage de Liliane Crété est donc de fixer des faits historiques, d’en dégager les enjeux et de recréer un climat. Pour reprendre les mots de Philippe Joutard, de nous restituer « une sensibilité au passé ». Utile pour comprendre comment une poignée de rebelles protestants tînt en échec, dix-huit mois durant, une armée régulière de 25000 hommes assistés de 40000 miliciens. Nécessaire pour saisir le phénomène idéologique du prophétisme. Par lequel bergers, artisans et paysans huguenots, s’identifiant à l’Israël biblique, défendirent leur foi réformée contre la Babylone catholique et royale. Eclairante pour repérer la modernité d’un tel combat. Rien moins, au début du XVIIIe siècle, que le droit à la liberté de conscience. Fondement cardinal de la laïcité à la française.

Michel Boissard

 

Les Camisards, L. Crété, Perrin, 2007 (réédition), 21,50 euros

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Publié dans articles La Gazette

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