Liberté des mers

Publié le par Michel Boissard

Liberté des mers

 

Qui ne se souvient, dans la pièce éponyme de Marcel Pagnol, de l’interpellation passionnée de Marius à Escartefigue : « L’idée ne vous est jamais venue de virer de bord, de prendre le Vieux Port en long au lieu de le prendre en travers, de mettre le cap sur la haute-mer ? » Au capitaine du feriboite, habitué de la traversée routinière Mairie de Marseille – Quai de Rive Neuve, une telle odyssée apparaît ahurissante sinon saugrenue. Alors que pour le fils du mastroquet César, elle porte d’infinis possibles. Comme chez Edouard Peisson (1896-1963). Enfant prodigue de Phocée, grâce à son père journaliste au « Soleil de Marseille », il découvre à l’âge de quatre ans la Méditerranée, depuis les hauteurs de la Bonne Mère. C'est-à-dire la liberté. Qu’a exalté une autre figure de l’Hydro – la marine marchande – le poète provençal Louis Brauquier. « Né des brumes, du vague à l’âme et du désir/Que laissent sur les quais les lents appareillages … » Dix ans de navigation, de 1914 à 1923, conclus par une mise-à-terre « économique », précèdent trois ans d’étouffant fonctionnariat. Et justifient, de 1927 au premier tiers des années 1960, que l’œuvre romanesque de Peisson épouse les contours de l’écriture du voyage. « Hans le marin » (1929) en est le premier phare. Histoire d’un naufragé d’outre-Atlantique, paumé et précarisé, qui finit par récupérer une identité dans la ville de marchands et de transitaires qu’aima précisément l’auteur de « Fanny ». « Parti de Liverpool » (1932) et « Passage de la ligne » (1935) confirmant, comme « Dieu te juge »  (1955), que la mer est également un théâtre shakespearien de l’humanité. Où la solitude et le hasard font écho à la force du destin.

Michel Boissard

 

Le Sel de la mer et autres œuvres, E. Peisson, Omnibus, 2007, 25,50 euros

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Publié dans articles La Gazette

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