LE DORMEUR DU VAL

Publié le par Biblinimes

 

 

Jérôme Garcin nous offre une superbe vita brevisromanesque. Reconstitué par un imaginaire camarade de tranchée, sur des témoignages - vrais ou apocryphes - de François Mauriac, du compositeur Gabriel Fauré ou de l'éditeur Bernard Grasset, le portrait biographique de la jeunesse massacrée de Jean de la Ville de Mirmont (1886-1914). Un écrivain de la génération du feu. Fils de notable bordelais, aristocrate et protestant. Fauché comme Péguy aux premiers jours de la Grande Guerre. Dont les poèmes de L'Horizon chimériqueet Les Dimanches de Jean Dézert, bref récit aux accents existentialistes avant la lettre (réédités dans La Petite Vermillon, 2013), font mesurer la vérité - également littéraire - de l'aphorisme de Prévert : « Quelle connerie, la guerre ! » Vers la fin du livre, J.Garcin suggère que plusieurs intimes de son héros possédaient - réalisé avant que n'éclate le conflit - le même cliché de Jean de la Ville adolescent en « Dormeur du val » - le soldat de Rimbaud, allongé, tranquille « deux trous rouges au côté droit »... Anticipation d'un destin tragique tel le fil conducteur d' une fiction illuminée par ce seul vers en quoi, considérait Mauriac, tient toute son inspiration poétique : « Et j'ai de grands départs inassouvis en moi. » Car « Bleus horizons » n'usurpe pas son titre. Au singulier, qualificatif dérisoire d'un patriotisme camouflant mal la boucherie qui s'étale obscènement entre le Chemin des Dames et Verdun. Au pluriel, dérive romantique de « jeunes bateaux ivres » vers de chimériques ailleurs océaniques. La vraie vie ?

 

Michel Boissard

Bleus horizons, J.Garcin, Gallimard, 2013, 16,90 euros       

 

Publié dans articles La Gazette

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