RELIRE JULIEN GRACQ

Publié le par Michel Boissard

Relire Gracq ? Alors que l’écrivain vient de prendre congé, c’est un devoir littéraire de mémoire. Et un plaisir en compagnie de Jean Carrière, qui lui consacra un « contre-portrait ». Commençons par « En lisant en écrivant » (1980) ! Eblouissante démonstration de ce que les années de préparation à l’écriture sont autant d’années de lecture(s). Un écrivain qui écrit en lisant et lit en écrivant. Venu à cet état en découvrant Jules Verne en primaire, et Stendhal au lycée. Et qui, à l’acmé de son talent créateur, dessine une véritable carte des pôles de son univers littéraire. Carrière note que Gracq, traitant de ses auteurs de prédilection, emploie des termes de géographe (il l’était de métier) : le massif Balzac-Stendhal-Flaubert ou le pic Zola… Il fut aussi un critique jetant ses filets dans d’autres eaux . Croisant littérature et peinture - Racine est l’archétype de la réserve pour la couleur des mots. Mais aussi littérature et cinéma – Malraux se pose la question de savoir s’il y aura un jour une culture basée sur une cinémathèque, comme il en existe une fondée sur la bibliothèque… Mais encore littérature et histoire. Sartre eût aimé ce rappel de Blanqui, l’insurgé de 1830, entrant dans un salon le fusil en main, et de sa crosse martelant le parquet en s’écriant : « Enfoncés, les romantiques ! » De ce livre sur les livres on conclut comme Gracq le fait de Proust : ouvrons-le, quittons-le, reprenons-le vingt pages plus loin, « on s’en repaît, c’est une nourriture beaucoup plus qu’un apéritif ». Michel Boissard En lisant en écrivant, J.Gracq, José Corti, 2007, 18 euros (réédition) ; J.Gracq, les reflets du rivage, J.Carrière, Editions du Relié, 2002, 15 euros (réédition)

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