La leçon d’écriture de Michèle Desbordes

Publié le par Michel Boissard

La leçon d’écriture de Michèle Desbordes

 

Ce qu’on remarque d’abord dans l’ultime opus de Michèle Desbordes, c’est le mot réitéré de douceur.  L’ombre est douce. L’été, le lieu et le moment d’une douceur rare. Il est vrai que nous sommes au bord de Loire. Le pays de Maurice Genevoix. Lui faisant vis-à-vis, voici le mot de lumière. Grande. Etonnante. Qui tremble doucement. Ou qui éclate au ciel. Nos sens sont en éveil : la vue et le toucher. Comme l’étaient chez Proust l’ouïe – le son ferrugineux de la clochette dans le jardin de Combray, et le goût – la saveur de la petite madeleine des déjeuners de tante Léonie. Avant de tirer sa révérence, M Desbordes a fait l’inventaire. De son enfance. Des maisons habitées. De la guerre traversée. Des parents aimés. D’un monde disparu et du temps retrouvé. « Je passe le fleuve, je passe le pont. » C’est à Orléans ou à Beaugency … Et la chanson résonne dans notre mémoire : Notre Dame de Cléry, Vendôme, Vendôme ! A la fin de ce récit au ton si personnel qu’il en devient intime, l’auteure se demande pourquoi elle a écrit un livre d’aveux si contraire à son genre habituel «  ce qui se tait et se cache ». La réponse est double. « C’est qu’écrire a toujours été un partage. » En même temps, il faut trouver un pronom pour dire qui raconte : « Je, Moi, Elle, Nous. » Ou bien, quintessence de l’anonymat, ce On qui dit le doute, l’ignorance et, finalement, l’amour.

 

Michel Boissard

 

L’emprise, M. Desbordes, Verdier, 2006, 14,50 euros

 

Publié dans articles La Gazette

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