La « GUERRE TURQUE » D’UN GARDOIS OUBLIE

Publié le par Michel Boissard

                                  

 

Grâces soient rendues à l’historien nîmois François Pugnière - et à Ozkan Bardakçi,   de remettre en lumière avec la guerre de Candie (1648 – 1669), la figure méconnue du capitaine-lieutenant alésien Pierre Domenisse qui en fût le chroniqueur. Conservé aux Archives départementales du Gard,  son « Mémoire des choses les plus remarquables qui se sont faites au voyage de Candie », modernisé et transcrit par les deux chercheurs, raconte le plus long siège de l’histoire -  vingt-et-un ans ! - qui opposa les Turcs aux Vénitiens,  en Crète – carrefour  stratégique sur les routes de la Mer Egée vers l’Arabie, l’Egypte et l’Afrique du Nord. Captivant, ce livre l’est par la personnalité du mémorialiste.  Natif d’une place-forte huguenote, fils d’un commerçant calviniste en pleine ascension sociale,  Domenisse sert dans les armées royales prés de quatre décennies – « protestant constamment fidèle à la couronne », n’abjurant sa foi réformée que sous la contrainte de la Révocation de l’Edit de Nantes (1685), désespéré d’accéder jamais aux rangs de la noblesse d’épée. Volontaire dans la guerre de Candie, quand la France se porte « au secours » de la Sérénissime menacée par les Ottomans,  il participe à cette « guerre turque » en louant le courage et la loyauté de ses adversaires.  Lors même que le climat idéologique du conflit exacerbe l’opposition entre Islam et Occident –  derniers feux du «  mythe de Croisade » selon l’historien Alphonse Dupront. Les auteurs n’ont pas tort de souligner  que Domenisse reflète ici l’attitude complexe qui, dés le XVe siècle, accompagne chez les Européens la découverte que « Je fait de l’Autre ». Considération qui est, aujourd’hui, loin d’avoir perdu une once de sa modernité !

                                                                                                                                         Michel Boissard

 

La dernière croisade, Les Français et la Guerre de Candie 1669, F.Pugnière, O.Bardakçi, Presses universitaires de Rennes, 2008, 18 euros

Publié dans articles La Gazette

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