COMME DES GRENADES DEGOUPILLEES

Publié le par Biblinimes

 

 

 

 

Jean Paulhan décrit une semaine de l’écrivain Jacques Decour (1910-1942). Qu’il révéla à la littérature française. Avec lequel il fonda, sous l’Occupation, Les Lettres françaises. Fusillé par les nazis. Le premier jour, il « écrit un poème épique. Le second, une nouvelle policière. Le mercredi, une critique littéraire ; le jeudi, un essai philosophique ; le vendredi, un conte de fées, le samedi un poème lyrique (…) Il n’en (est) pas un d’indifférent. » De même, chacun des essais réunis dans ce recueil aux nombreux inédits. Débutant par « Philitersburg ». Six mois au pays d’Hitler. Vécus par ce jeune germaniste qui fait son stage d’enseignant à Magdebourg. En 1932… Devenue Philitersburg, la ville - imaginaire - des philistins. De petits bourgeois bornés et satisfaits d’eux-mêmes. Parents de crétins auxquels Decour tente d’enseigner le français. Ici, les mots sont des « grenades dégoupillées ». Lourds de sens anticipateur. Ils le sont dans les écrits de militant communiste que publie Jacques Decour dans un hebdomadaire tourangeau - il enseigne alors au lycée Descartes, de Tours, en 1936. Stigmatisant André Gide, le « bourgeois individualiste », pour son - hélas ! - prémonitoire « Retour de l’URSS »… Célébrant Babeuf après Descartes. Et dans l’humanisme : « …une foi rationnelle dans la valeur et la dignité de l’homme, un respect civilisé de sa liberté, un culte militant de sa raison. »Puis, en écho à Stendhal - pour le centenaire de La Chartreuse de Parme(1939) - dénonçant la corruption du Pouvoir et «l’hypocrisie que commande le despotisme », les textes-brûlots de la clandestine «Pensée libre ». Livrant à la vindicte patriotique les intellectuels vendus à la Kollaboration : « bourgeois rancis, auteurs sirupeux, adulateurs des puissants, besogneux, tarés et nécrophages. »

 

Michel Boissard

La faune de la collaboration, J.Decour, La Thébaide, 23 euros

 

 

Publié dans articles La Gazette

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